Pouvez-vous nous décrire ce qu’est la Furūsiyya ?
Au niveau linguistique, le terme furūsiyya vient de la racine FaRuSa, qui signifie : « être versé dans tout ce qui concerne les chevaux ». La furūsiyya, c’est l’action de ce verbe, c’est-à-dire le fait d’avoir des connaissances dans le domaine des chevaux et de leur monte. La furūsiyya est un concept large et fluctuant, dont l’acception peut changer en fonction des périodes et des personnes qui l’emploient. Bien plus que l'art équestre ou la simple équitation, la furūsiyya englobe un ensemble complexe de connaissances, à la fois théoriques et pratiques, sur tout ce qui est relatif au cheval. D’une part, la généalogie, l'hippologie (étude des sciences du cheval dans sa globalité), l'équitation, le dressage, l'hippiatrie (forme ancienne de la médecine vétérinaire concernant les chevaux), la maréchalerie et l'élevage. La cavalerie ayant constitué pendant des siècles l’élite des armées, l’art militaire et tactique constitue d’autre part un pan très important de la furūsiyya, particulièrement tout ce qui concerne le maniement des armes (que ce soit monté ou à pied). La chasse et le polo, activités ayant vocation au divertissement mais considérées comme d’excellents préparatifs à la guerre, en font également partie. Enfin, le concept revêt aussi une dimension morale, notamment de courage et de générosité. Cette somme de savoirs qu’est la furūsiyya s’acquiert par une éducation approfondie, réservée à l’élite politique, culturelle et/ou guerrière.
À quand remontent ses origines et sont-elles spécifiquement ancrées en Arabie saoudite ?
Certains éléments constitutifs de la furūsiyya remontent à l’Arabie pré-islamique, notamment les valeurs morales mentionnées plus haut, les savoirs relatifs au maniement de lance et une somme de traditions sur l’origine et la généalogie de certains chevaux. À la suite des conquêtes des armées musulmanes, la furūsiyya s’est enrichie de l’apport de plusieurs cultures équestres, essentiellement byzantines, sassanides et centre-asiatiques. À la fin du VIIIe siècle, sous les Abbasides, la synthèse entre ces diverses traditions est réalisée et institutionnalisée. Dès lors, sa maîtrise devient une marque d’appartenance à l’élite, politique, culturelle et/ou guerrière, dans tout l’empire islamique.
En quoi est-elle liée à la spécificité des chevaux pur-sang arabes ?
La pratique de la furūsiyya n’est pas, en soi, exclusivement associée aux chevaux arabes. D’autres races de chevaux ont d’ailleurs été utilisées. Cependant, si l’Arabie pré-islamique puis l’Islam n’avaient pas eu cette adoration pour le cheval arabe et ne lui avaient pas accordé un statut très particulier, supérieur à celui des autres chevaux et des autres animaux, le monde musulman n’aurait sans doute pas élaboré une culture équestre aussi sophistiquée. Le cheval arabe reste, idéologiquement si ce n’est dans la pratique, le cheval idéal.
Cette tradition est-elle encore vivace dans certaines communautés ?
Les arts de la furūsiyya ont culminé sous le règne des Mamlouks (1250-1517). Ils ont ensuite peu à peu décliné, parce que la primauté de la cavalerie dans la guerre s’est progressivement étiolée.
La furūsiyya est de nos jours moins utile et nécessaire qu’elle ne l’était auparavant. Mais la notion d’appartenance de classe ou de groupe que confère sa maîtrise demeure.